juin 14, 2018 5 min. de lecture 1 Commentaire

 

           La présence des Scandinaves dans la Russie actuelle est prouvée par plus d’un siècle de fouilles archéologiques acharnées ainsi que par la recherche contemporaine sur l'ADN. Ces Scandinaves du début du Moyen Âge étaient connus sous le nom de Rus, et grâce à leur puissance militaire et économique, ils formaient la classe dirigeante des tribus slaves de Kiev.

Même avant l’âge Viking de conquête que l’on connaît,  les Scandinaves étaient d’adeptes marins et constructeurs de navires. Ces compétences ont été très utiles pour leur commerce et ont fait partie des moyens employés à leur enrichissement.

Au VIIIe siècle (vers le début de l'ère Viking), ils contrôlaient le commerce de la mer Baltique, et se développaient constamment vers de nouveaux marchés plus lointains. Bien que le premier contact entre les Scandinaves et la Baltique a dû avoir lieu dans la préhistoire, les raids et les échanges commerciaux des Vikings à l'Est se sont considérablement accélérés au cours des VIIIe et IXe siècles.

“La seule occupation des Rus est le commerce de fourrures de zibeline, d'écureuil. [...] Ils harcèlent les Slaves, utilisant des navires pour les atteindre, ils les enlèvent, en font des esclaves et les vendent. Ils n’ont pas de terre mais vivent de ce qu'ils obtiennent des terres slaves. “ 

 Ibn Rustah (explorateur et géographe Perse)

 

Les Rus

           Le mot Rus est fréquemment retrouvé dans divers récits de sources Arabes, Byzantines, Franques, Perses et Russes. Il apparaît sous plusieurs variantes : Rus, Rus ', Rhos, Ruzi, Rūsiyyah etc.

Malgré la notion récente que le mot Rus (qui pourrait signifier «rouge») décrit les cheveux roux des Vikings, le terme lui-même est probablement dérivé du vieux norrois  róthr  qui signifie "ramer". Certains chercheurs supposent que les peuples du Golfe de Finlande ont adopté le nom suédois. Dans La Chronique des temps passés de Nestor (Povest' Vremyan'nykh Let | Повѣсть времяньныхъ лѣтъ), il est dit que la tribu des Rus habitait au-delà de la mer, c’est à dire la Suède.

Curieusement, le mot “Suède” se dit:  Ruotsi  en Finnois et  Rootsi  en Estonien. Selon toute vraisemblance, alors qu’ils se se déplaçaient de plus en plus vers l'Est, le terme finlandais donné aux Suédois a probablement été copié, changé et propagé par d'autres qui ont eu la chance de les rencontrer. C’est ainsi que les Rus ont développé une réputation bien connue dans toute l'Europe.

Alors que la plus ancienne variante du mot Russie date du Xe siècle, la première mention du mot Rus vient de l'Empire des Francs vers 839. À cette époque, Les Rus accompagnaient les messagers byzantins pour négocier avec l'empereur Louis le Pieux. Louis, voyant que les gardes du corps des ces messagers étaient Scandinaves alors qu’au même moment les Vikings terrorisaient les côtes et les réseaux de navigations, les considéra immédiatement comme des espions de l'ennemi.

Pour autant que l’on puisse juger, le mot Rus désigne les personnes d'origine ethnique suédoise, en particulier les hommes. L'analyse de l'ADN de la dynastie Riourikide, la maison la plus importante des princes russes, a prouvé l'affiliation à l'haplogroupe N1c1, qui est le brin d'ADN lié à la région Nord-Est de l'Europe.

Distribution de l'haplogroupe N1c1. 

 

Les Varègues

           La tendance actuelle parmi les historiens est d’appeler chaque Viking oriental un Varègue ou Varange. Dans les sources russes ultérieures, les Varègues sont décrits de manière inexacte comme des membres d'une tribu scandinave. Cependant, le terme vient vraiment du vieux norroisværingi signifiant “un ami juré”. Contrairement au mot plus général Rus, Varègue désigne un mercenaire prêt à servir dans une armée étrangère. Les unités de gardes du corps étrangers étaient populaires au début du Moyen Âge (et durant l'époque romaine), car ces hommes étaient plus fidèles, n’ayant aucun intérêt politique ou attache locale.

La Garde Varègue (Tágma tōn Varángōn | Τάγμα των Βαράγγων) de l'Empire Byzantin en est un exemple notoire. Il est toutefois difficile de dire quand le terme Varègue est entré en vigueur, et dans quelle mesure il devrait être appliqué. Certains auteurs pensent que la première mention vient de 911, quand les Rus de Kiev et l'Empire byzantin conclurent un traité. À cette époque, plusieurs centaines de guerriers Rus servaient à Byzance, bien qu'ils ne formaient pas encore la fameuse Garde Varègue des empereurs. D'autres savants pensent que la Garde Varègue a été formée après que le prince Vladimir, qui s'était échappé de la Russie pour aller vers la Suède vers 977, est revenu accompagné de milliers de mercenaires et a conquis la capitale de Kiev. En 988, Vladimir envoya 6000 guerriers à Byzance (pour renforcer son alliance avec la superpuissance). Cela marqua le véritable début de la Garde Varègue, qui dura au moins jusqu'au XIIIe siècle.

La Garde Varègue devint alors très attractive pour les Vikings courageux  à la recherche d’aventure et de richesse dans la Méditerranée et les terres légendaires de l'Est. De grands héros comme Harald Hardrada (descendant d’Harald à la Belle chevelure) s’y sont fait un nom et ont amassé leur fortune. Plus tard, la Garde Varègue a servi de destination aux guerriers nordiques qui ne trouvaient nulle part d’autre où mettre à service leurs talents, y compris les Saxons et les Danois fuyant l’effondrement des sociétés Vikings d'Angleterre et d'Irlande après les batailles de Clontarf et de Hastings qui ont marqué le déclin de l'âge viking.

Cet exode de guerriers accomplis a été déploré par une source suédoise, qui décrit un moment où tous les jeunes hommes sont allés à l'étranger pour être des mercenaires et chercher leur fortune. En Uppland (dans le centre de la Suède) des douzaines de pierres runiques portent des noms de Varègues qui ne sont jamais revenus chez eux. Servir à l'étranger offrait la possibilité d'une fortune sans égale mais au risque de sa vie.

 

L'invitation des Varègues par Viktor Vasnetsov  

 

De Rus à Russie

           Alors que de riches Vikings, en majorité des Suédois, commencèrent à construire progressivement des camps fortifiés le long des routes commerciales certains s’installèrent, créant ainsi un vaste réseau de contacts collectant des taxes et tributs. Au Xe siècle, ces activités se sont transformées en une entité pseudo-gouvernementale que nous appelons maintenant Rus' de Kiev (ou Ruthénie).

De manière générale, la Rus' de Kiev pourrait être considérée comme le sous-produit du commerce scandinave. Il est probable que les premiers dirigeants de sites tels que Gnezdovo appartenaient à la dynastie suédoise qui contrôlait les proto-villes, comme la célèbre colonie de Birka. C'est peut-être la raison pour laquelle la culture artistique et industrielle de ces sites, situés à 600 milles l'un de l'autre, est si semblable. Il faut souligner cependant, que les tribus indigènes habitant les terres sur lesquelles était établie la Rus' de Kiev étaient des peuples slaves et finno-ougriens.

Après plusieurs générations, bien que les scandinaves fussent assimilés, ils étaient encore vivement conscients de leurs origines. Pour les Suédois, les régions de Ladoga et Novgorod sont restées des centres d'intérêts pendant très longtemps. Non seulement de nombreuses princesses Suédoises ont épousé des nobles Russes, mais des efforts considérables ont également été déployés pour reconquérir ce territoire au XVIIIe siècle. Tous ces aspects témoignent de la manière dont les Suédois perçoivent leur participation à la construction de la nation Russe, et le lien entre les Russes et leurs ancêtres Vikings.

 


1 Réponse

Christophe
Christophe

septembre 28, 2018

Super article où l’on apprend beaucoup de chose, MERCI !

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