juin 24, 2018 3 min. de lecture

Les Sagas islandaises sont de vastes recueils de littérature écrits à l'époque médiévale sur l'histoire de l'Islande et des familles qui y ont vécu aux IXe, Xe et XIe siècles. Cette période est connue en Islande sous le nom d'âge des sagas, par contraste avec l'âge viking au sens large. Le fait qu'elles soient considérées comme l'aperçu le plus authentique de la société de l'âge Viking donne aux Sagas Islandaises un statut particulier dans les archives historiques de l’époque. Elles se distinguent d’autres sources comme par exemple les différentes chroniques Chrétiennes qui ont été rédigées principalement par des observateurs extérieurs avec un message spécifique à faire valoir.

L’exactitude historique des Sagas islandaises


Malheureusement, il est bien connu que les sagas ont été écrites des siècles après les événements qu'elles décrivent. Cela pose un véritable problème pour les historiens qui cherchent à évaluer leur valeur historique.

C’est sans aucun doute grâce à la tradition orale bien établie en Islande que ces récits ont survécu jusqu’à l’époque médiévale. Vraisemblablement, ces histoires auraient été connues de tous et fréquemment racontées à l’époque où elles ont été transcrites. Pourtant l'étude d'autres cultures et sociétés anciennes démontre que la tradition orale tend à changer certains aspects des récits et à y inclure une élément plus ou moins fantastique. La question est donc: quelle partie est tirée de véritable histoires et quelle partie a été inventée dans ces sagas islandaise?

Dans l’absolu, il n'y a pas de réponse définitive.


Utiliser les sagas pour comprendre la société Viking


Malgré l'ensemble des preuves archéologiques, nous en savons très peu sur les coutumes culturelles des Vikings. N'ayant laissé aucune trace écrite, la reconstitution de leur société a été extrêmement difficile. Lorsqu'il s'agit de cette période, il n'est pas rare pour les historiens de ne pas exclure entièrement certaines sources simplement parce qu'elles ont été écrites après coup.

Par exemple, la Chronique des temps passés (Повѣсть времѧньныхъ лѣтъ ||  Pověstĭ Vremęnĭnyhŭ Lětŭ) est souvent citée comme une source afin de reconstituer l'histoire des débuts de la Grande-principauté de Moscovie (Moscou), même si l'auteur prend une énorme liberté artistique tant il fait appel à l’allégorie et la métaphore dans sa description de certains événements.

De la même manière, les Sagas Islandaises sont des sources fréquemment citées pour reconstruire la société scandinave et Islandaise de l'âge des Vikings. Ce qui permet aux historiens de se référer aux Sagas Islandaises avec confiance, c'est leur structure littéraire. La plupart des sagas, écrites en prose, racontent les événements d'une manière linéaire et réaliste qui n'est pas particulièrement embellie ou fantastique (bien qu'il y ait des exceptions).

Il faut toutefois éviter d’utiliser les sagas pour décrire la société de l'âge Viking dans son ensemble. En effet, les Scandinaves de l'époque (bien que culturellement distincts des autres peuples d'Europe) étaient une population fragmentée qui, selon toute vraisemblance, présentait d'importantes variations culturelles d'une région à l'autre, surtout vers la fin de l'ère Viking au XIe siècle. Par conséquent, les Sagas Islandaises doivent être citées avec réserve lorsqu'on parle des Vikings provenant d'autres régions.


Qu'apprenons-nous vraiment des Sagas?


Pour l’essentiel, les sagas sont en grande partie un recueil familial et généalogique. Les auteurs nous offrent une fenêtre sur les aspects les plus communs de la vie des Islandais de l’époque. Par exemple, les sagas nous apprennent qu’une unité familiale contient entre 10 et 20 membres vivant ensemble dans une maison longue avec fréquemment plusieurs familles nucléaires (couple et enfants) et plusieurs générations partageant le même espace. Cela a été plus tard confirmé par des fouilles archéologiques.

Nous y apprenons également que les plus jeunes devaient aussi contribuer au travail de ferme et que la société (en tous cas dans les familles) était assez égalitaire. Certains des passages nous permettent même d’extrapoler leur régime alimentaire.

Les sagas transmettent aussi une large variété de normes culturelles ainsi que les problèmes de l'époque. Les sagas parlent de la parade nuptiale, du mariage, et même des histoires sur des problèmes conjugaux. L'un des passages de la saga de Gunnlaug Ormstungu (Gunnlaug Langue-de-Serpent) raconte l'histoire d'Helga qui, apprenant que son mari l'avait trompée, lui a refusé à jamais les relations intimes. Les sagas expliquent également des questions aussi diverses que l'accueil des enfants, l'adoption, les serments de sang et bien d'autres choses encore.

Bien sûr, les Sagas islandaises se concentrent aussi sur les conflits, la guerre et certaines affaires de  gouvernement. Dans l’ensemble ces sujets sont mieux documentés par d'autres sources comme le Landnámabók (le Livre de la Colonisation), auquel viennent s’ajouter les récits des sagas.


Où lire les sagas islandaises ?


Il y a  un site web dédié à la publication des Sagas islandaises principalement en Anglais. C'est un trésor pour ceux qui s'intéressent à l'histoire de l'Islande et à l'histoire des Vikings en général. Quelques auteurs ont traduit certaines des sagas en français, dont Régis Boyer.

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