octobre 26, 2018 4 min. de lecture

La Scandinavie est connue pour une chose: c’est le berceau de l’Âge des Vikings. Mais tant d’autres choses se sont passées sur les terres de Vikings, parsemées de collines verdoyantes, parmi les blonds au teint pâle et au maintien sculptural que l’on imagine quand on pense aux Vikings et à leurs descendants.

Quelque soit l’avis des commentateurs, ils sont forcés d’admettre que les modèles sociaux des pays nordiques sont parmi les plus performants au monde. Bien que les Scandinaves sont connus pour être parfois frigides et peu enclins à l’expression publique d’affection, ils ne sont néanmoins pas insensibles à la détresse des moins fortunés. Et plus encore que l’intervention des gouvernements, ils promeuvent l’intervention des entrepreneurs en organisant des événements centrés autour de l'entrepreneuriat social.

Mais comment expliquer ce penchant pour le social et la coopération de la part d’un peuple essentiellement connu pour sa barbarie?

Pillards sanguinaires

Les Vikings n’étaient en fait tout simplement pas aussi sanguinaires que leur réputation semble suggérer et cette image, on le sait maintenant, était une construction artistique (pensez Wagner) et politique (pensez moines mécontents du pillage de leur monastère). Les historiens et sociologues sont d’avis que les Vikings étaient en fait aussi aptes à la construction de sociétés et d'états qu’ils étaient combattants. Et plus encore, leur barbarie occasionnelle était en fait motivée par un pur besoin économique, ce qui renforce plus encore la notion de leur forte perception du bien-être général aussi bien que de l’opportunité individuelle.

Plusieurs études portent sur la motivation et l’impact social de bandits devenus sédentaires sur une terre occupée. Une particulièrement se concentre entre autres sur les Vikings et le processus qui les a amené à s’installer chez les conquis plutôt que de revenir chez eux dépenser leurs richesses nouvellement acquises.

Le processus est le suivant: Quelques Vikings s’aventurent sur de nouvelles terres, y font un ravage et reviennent chacun couverts de richesses. La prochaine excursion double le nombre de participants et chacun revient couverts de moins de richesses puisqu'ils doivent les diviser en un plus grand nombre de parts. Ainsi de suite jusqu’à ce que l’entreprise de pillage ne soit plus aussi profitable par individu. De plus, les raids de plus en plus fréquents ne permettent pas aux “pillés” de renouveler les ressources à piller. Trop de pillage tue le pillage. Des sources historiques attestent même du fait que le profit du pillage, mesuré en argent, a chuté au long du IXè siècle.

Extorsion pour le bien-être social

La solution à ce problème est toutefois surprenante puisque, comme toute bonne solution, elle résout plusieurs aspects du problème.

Les "pillards" s’installent chez les "pillés" et, au lieu de ravage et de vol, instaurent un système de taxation/extorsion à la ‘Cosa Nostra’ appelé gafol. Cette création d’un nouveau canal de revenu permet alors aux Vikings qui viennent de se lancer dans le business du “Vikinging” de prospérer mais cette fois sur de nouveaux territoires. Le véritable génie de cette solution cependant est bien plus appréciable du côté des “taxés”. En effet, ces nouveaux contingents de hardis combattants (de façon assez paradoxale) apportent une nouvelle période de paix et sérénité car ce sont eux qui se battront contre les pillards et autres attaquants afin de préserver leur gagne-pain.

Ce gafol est donc perçu par les locaux comme un impôt pour un service public, et change la perception et l'avis de ces locaux sur leurs nouveaux voisins et régents. Et il ne s’agit pas seulement de protection mais aussi d’autres services que les artisans Vikings vendaient aux locaux et bien entendu leur vaste réseau commercial qui apportait des échanges, des visiteurs et de l’argent venu de l’extérieur. Ce qui en conséquence avait la virtue d’augmenter la richesse locale et donc le montant taxé par les Vikings.

Ce système de taxation/extorsion pour éviter d’être attaqué devint si populaire qu’il fut rendu officiel dans maintes régions et aux environs du XIè siècle le Heregeldremplace le gafol,et plus tard encore le Danegeldremplace le Heregeld.

Honneur et Rectitude

Mais toutes les institutions informelles ainsi que les échanges commerciaux gérés par les Vikings devaient être gérés sans contrat ou trace écrite car l’utilisation des runes étaient relativement peu fréquente. Ce détail a une importance significative puisque c’est la raison pour laquelle les sociétés Vikings sont basées sur l’honneur et la confiance mais aussi la raison pour laquelle les structures hiérarchiques scandinaves sont horizontales. En effet, d’une part la violation d’un accord entraîne un déclin de l’avis général sur la personne qui n’a pas tenu sa part du contrat, ce qui l’empêche dès lors de conclure d’autres échanges. D’autre part, le manque d’éducation n’empêche à personne de prospérer comme c’est le cas dans d’autres régions où seuls la noblesse et le clergé sont en mesure d’accumuler des richesses grâce à leur éducation.

Une autre conséquence de cette reconversion au "pillage sédentaire" est la prépondérance de rois extrêmement locaux, gouvernant de petits territoires. Cette faible concentration de pouvoir les oblige à concerter leur sujets pour obtenir leur avis sur certaines affaires d'État, ce qui fait de ces royaumes des sociétés basées sur le consensus. Cet effort de consensus a été généralement formalisé plus tard dans les sociétés scandinaves comme par exemple dans le Code du Jutland au Danemark (premier ouvrage du Droit Danois), puis plus tard à travers la création duRigsrådet(Conseil du Royaume du Danemark), une assemblée composée de personnes d’affluence et de quelques paysans.

Confiance Sociale et l’État providence

Le résultat de cette transformation de la stratégie Viking d’acquisition de richesses est encore ressentie aujourd’hui dans les pays nordiques où la fondation morale qui a dirigé la transformation de ces sociétés perdure encore.

Et si l’avis populaire voit les Vikings depuis des siècles comme essentiellement de violents acharnés en peaux de bêtes, ils ont su tourner cette réputation à leur avantage à un moment critique de leur développement et créer une société basée sur des principes moraux rigides qui aujourd'hui les propulse dans les rangs des pays les plus heureux et prospères au monde.

 

Sources et références:

  • http://www.nordiclabourjournal.org/artikler/insikt-og-analyse/insight-and-analysis-2016/article.2016-04-19.5662472652
  • The origins of the imaginary Vikings, Viking Heritage Magazine by Johnni Langer 2002
  • 'Logique de l'action collective' de Mancur Olson 1965
  • 'Dictatorship, Democracy, and Development', American Political Science Review by Mancur Olson, 1993
  • ‘Rational Bandits: Plunder, Public Goods, and the Vikings’ par Peter Kurrild-Klitgaard et Gert Tinggaard Svendsen
  • https://extranet.sioe.org/uploads/isnie2010/svendsen_svendsen.pdf

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